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La valorisation de la culture philanthropique passe-t-elle par nos établissements d’enseignement?

Selon le Larousse, la philanthropie est «un sentiment qui pousse les hommes à venir en aide aux autres; amour de l’humanité».

Les valeurs que préconise la philanthropie sont des valeurs de don de soi, de désintéressement, de charité, d’empathie et d’amour de l’humanité. Il semblerait que toutes ces valeurs soient transmises dès notre plus jeune âge, dans notre famille et lors de notre cursus scolaire. Dès l’élémentaire, les enfants sont invités à faire quelques heures de bénévolat tous les ans auprès des personnes âgées, des plus démunis et des plus petits que soi. Les besoins sont grands et les causes sont multiples afin de permettre un jumelage des plus adéquats possible selon les goûts et intérêts des jeunes bénévoles. Le nombre d’heures demandé varie selon le niveau scolaire et le programme suivi. C’est là une initiative que nous devons saluer et encourager. Mais qu’en est-il de la culture philanthropique? Alors que nos voisins du sud semblent avoir une longueur d’avance sur nous à cet égard, serions-nous à l’étape de nous demander si nous inculquons et cultivons assez tôt ce sentiment de dette que nous pourrions tous entretenir envers notre Alma Mater?

L’institution, religieuse ou non, qui nous a vus grandir, évoluer, qui nous a donné une formation, des connaissances de base et nous a inculqué de nous épanouir ne pourrait-elle pas faire l’objet de notre reconnaissance et de nos préoccupations au même titre que la santé, les démunis, les animaux ou toute autre cause? Cette reconnaissance pourrait se traduire par un don, une attention particulière, une implication bénévole, un partage d’expertise ou un simple engagement, le moment venu.

Cette reconnaissance pourrait être le début d’une habitude. S’il faut 21 jours pour créer une habitude, pourquoi ne pas espérer en 21 mois créer une habitude de reconnaissance, une habitude de don et de partage? Pour ce faire, il faut d’abord créer, raviver et entretenir le sentiment d’appartenance des anciens avant de pouvoir espérer obtenir de leur part quelques dollars pour préserver le haut lieu de savoir où ils ont passé «les plus belles années de leur vie» selon leurs dires. Toute cette période de resserrement des liens demande beaucoup d’attention, d’organisation et de rigueur. Trop souvent, les intervenants des fondations scolaires et des associations d’anciens se découragent et abandonnent au moment où leurs efforts pourraient être récompensés par un don ou un engagement de la part de celles et ceux qui demeurent les meilleurs et les plus grands ambassadeurs de leur école.

Trop souvent, dans notre culture qui veut que nous ne demandions rien à personne, qui veut que chacun se débrouille par ses propres moyens alors que le sociofinancement n’a jamais été aussi valorisé, nous n’osons pas demander de peur d’avoir l’air de quémander. Nos établissements d’enseignement ont peine à réunir les sommes nécessaires au développement de leurs programmes, à la mise aux normes de leurs infrastructures, à la création et au rayonnement de projets porteurs d’initiative et d’avancement. Ils sont souvent contraints d’avoir recours à la philanthropie pour combler un manque à gagner et se tournent inévitablement vers leurs anciens. Avec un grand malaise, ils ont peur, non sans raison, d’essuyer de multiples refus avant qu’une ou un ancien se commette et endosse la cause. Si le sentiment d’appartenance et de bonnes habitudes de reconnaissance étaient inculqués et entretenus tôt, le malaise serait grandement amoindri.

Ici, maintenant, dans notre société, ne devrions-nous pas nous inspirer de la culture anglophone et, dès l’entrée des élèves (secondaire) et étudiants (cégep et université), les considérer comme de futurs anciens, de futurs donateurs et faire en sorte que leur sentiment d’appartenance et leur propension à la reconnaissance naissent au début de leur cheminement académique. Les moyens sont multiples et les ressources technologiques nombreuses pour les inciter à adhérer à un groupe ou une confrérie. De ces démarches découlera naturellement un besoin de redonner à celles et ceux qui les suivent et à l’institution qui a contribué à leur réussite académique, professionnelle et personnelle. Oui, la valorisation de la culture philanthropique passe, entre autres, par nos établissements d’enseignement. Donner devient une habitude pour qui commence jeune à donner de son temps et à partager avec son entourage des préoccupations et des intérêts communs.

 

Esther Tranchemontagne

Consultante

etranchemontagne@bnpperformance.com

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